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Les Cesars 2007 : Question aux candidats


Les Cesars 2007 : Question aux candidats

dimanche 25 février 2007, par Gilles M

A la tribune, Pascale Ferran ( réalisatrice de "Lady Chatterley" ) s’est faite le porte-parole des intermittents du spectacle. La question est simple : Quel est le devenir du statut des Intermittents avec les différents projets présidentiels ?


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A la tribune, Pascale Ferran

( réalisatrice de "Lady Chatterley" ) s’est faite le porte-parole des intermittents du spectacle. La question est simple : Quel est le devenir du statut des Intermittents avec les différents projets présidentiels ?

Voici le texte qu’elle a prononcé ce soir-là :

"Nous sommes nombreux dans cette salle à être comédiens, techniciens ou réalisateurs de cinéma. C’est l’alliance de nos forces, de nos talents, et de nos singularités, qui fabrique chaque film que produit notre cinéma français.

Par ailleurs, nous avons un statut commun, nous sommes intermittents du spectacle. Certains d’entre nous sont indemnisés d’autre non, soit parce qu’ils n’ont pas travaillé suffisemment, soit à l’inverse parce que leurs salaires sont trop élevés pour être indemnisés dans les périodes non travaillées.

C’est un statut unique au monde. Pendant longtemps il était remarquable parce qu’il réussissait , tout en prenant en compte la spécificité de nos métiers, à atténuer un peu, un tout petit peu, la très grande disparité de revenu dans les milieux artistiques. C’était alors un système mutualisé. Il produisait une forme très concrète de solidarité entre les différents actueurs de la chaine de fabrication d’un film et aussi entre les générations.

Depuis des années, le MEDEF s’acharne à mettre à mal ce statut en s’attaquant par tous les moyens possibles, à la philosophie qui a présidé à sa fondation. Aujourd’hui, il y est presque arrivé. En réforme en nouveaux protocoles, il est arrivé à transformer un système mutualisé en système capitalisé et cela change tout.

Cela veut dire par exemple, que le montant des indeminités n’est plus calculé sur la base de la fonction de son bénéficiaire, mais exclusivement sur le montant de son salaire, et plus ce salaire est haut, plus haut sera le montant de ses indemnités. Et on en arrive à une absurdité complète du système, où sous couvert de résorber un déficit, on exclut les plus pauvres, pour mieux indemniser les plus riches.

Or, au même moment, exactement, à un autre bout de la chaine de fabrication des films, d’autres causes produisent les mêmes effets. Je veux parler du système de financement des films qui aboutit d’un côté à des films de plus en plus riches, et de l’autre, à des films extrêmement pauvres ; cette fracture est récente dans l’histoire du cinéma français. Jusqu’à , il n’y a pas si longtemps, ce qu’on appelait "les films du milieu", justement parce qu’ils n’étaient ni très riches, ni très pauvres, étaient même une sorte de marque de fabrique de ce que le cinéma français produisait de meilleur. Leurs auteurs, de Renoir à François Truffaud, de Jacques Becker à Alain Resnai, avaient la plus haute opinion des spectateurs à qui ils s’adressaient ; la plus grande ambition pour l’art cinématographique. Ils avaient aussi, bon an mal an, les moyens financiers de leurs ambitions.

Or ce sont ces films là , ceux là précisément, que le système de financement actuel, et en premier lieu les chaines de télévision, s’emploient très méthodiquement à faire disparaitre, en assimilant les films à vocation artistique aux films pauvres et les fims de divertissement aux films riches, en cloisonnant les 2 catégories, en rendant quasi impossible pour un cinéaste d’aujourd’hui, le passage d’une catégorie à une autre, un système actuel trahi l’héritage des plus grands cinéastes français, et leur volonté acharnée de ne jamais dissocier création cinématographique, point de vue personnel, et adresse aux plus grand nombres, ce faisant, il défait maille après maille, le gout des spectateurs alors même que pendant des decennies le public français était considéré comme le plus curieux, le plus exigeant, et le plus cinéphile du monde.

Ici comme ailleurs, la violence économique commence par tirer vers le bas le gout du public, puis cherche à nous opposer, elle n’est pas loin d’y arriver.

Deux systèmes de solidarité entre les films mêmes et entre ceux qui les font, ces deux systèmes qui faisaient tenir ensemble le cinéma francais, sont au bord de la rupture, alors peut-être est-il temps de nous réveiller, peut-être est-il temps de nous dire que notre amour individuel pour le cinéma, aussi puissant soit-il, n’y suffira pas. Peut-être est-il temps de se battre très méthodiquement, nous aussi, pour refonder des systèmes de solidarité mis à mal, et restaurer les conditions de production et de distribution de films, qui tout en donnant à voir toute la complexité du monde, allient ambition artistique et plaisir du spectacle. On n’y arrivera pas, bien sur, sans la volonté politique d’où qu’elle vienne

 ; or sur de tels sujet force est de constater que celle-ci est désespérément muette ; mais rassurons-nous, il reste 55 jours aux candidats à l’élection présidentielle, pour oser prononcer le mot culture."

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