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Intermittent du spectacle

François Bayrou parle des intermittents


François Bayrou parle des intermittents

samedi 24 février 2007, par intermittent

La partie qui concerne les intermittent se trouve plus bas dans le texte en gras.

La courageuse réforme des retraites
Discussion de la motion de censure déposée par le PS l’Assemblée nationale

Prononcé par : François Bayrou le : 2 juillet 2003

La courageuse réforme des retraites
Discussion de la motion de censure déposée par le PS l’Assemblée nationale

Prononcé par : François Bayrou le : 2 juillet 2003

La courageuse réforme des retraites
Discussion de la motion de censure déposée par le PS l’Assemblée nationale

Prononcé par : François Bayrou le : 2 juillet 2003

Monsieur le Premier Ministre, La situation de la France aujourd’hui, c’est une violente opposition entre des atouts exceptionnels et une profonde dégradation sociale, économique et parfois aussi démocratique. La France est un pays qui devrait aller bien et qui va mal. C’est un pays formé, c’est une capacité culturelle et de recherche peu près sans pareille, ce sont de jeunes diplômés demandés par toutes les grandes entreprises du monde. C’est une intelligence devant le travail qui provoque la satisfaction de toutes les entreprises qui viennent s’installer chez nous, même du bout du monde. Ce sont des paysages, une façon de vivre, une attention profonde la cohésion sociale. Et tout cela fait de la France un pays reconnu et souvent envié.

Monsieur le Premier Ministre,

La situation de la France aujourd’hui, c’est une violente opposition entre des atouts exceptionnels et une profonde dégradation sociale, économique et parfois aussi démocratique.

La France est un pays qui devrait aller bien et qui va mal.

C’est un pays formé, c’est une capacité culturelle et de recherche peu près sans pareille, ce sont de jeunes diplômés demandés par toutes les grandes entreprises du monde. C’est une intelligence devant le travail qui provoque la satisfaction de toutes les entreprises qui viennent s’installer chez nous, même du bout du monde. Ce sont des paysages, une façon de vivre, une attention profonde la cohésion sociale. Et tout cela fait de la France un pays reconnu et souvent envié.

Dans le même temps, un chômage profondément destructeur est installé dans la société. Nous avons des banlieues déchirées, des zones rurales qui se sentent abandonnées et reniées quelles que soient les déclarations vertueuses des gouvernements, une démocratie fragile, un état en crise, des comptes publics et sociaux dans un état calamiteux au point que la France pourrait se trouver dans ces domaines au dernier rang -le dernier !- de l’Union européenne.

Pour nous c’est ce choc entre ce que la France devrait être et ce qu’elle est en réalité qui explique en grande partie l’implosion du 21 avril.

Le Président de la République ayant été élu par 82,5 % des Français, vous avez été investi de la lourde mission de redresser la France. Pour le faire, vous bénéficiez de tous les centres de pouvoir et de toutes les majorités ce qui ne s’était jamais vu dans l’histoire de la République.

Cette situation exceptionnelle vous assigne, nous assigne des devoirs exceptionnels.

Vous n’êtes pas seulement l’élu d’une majorité classique, camp contre camp, droite contre gauche, vous êtes investi par une attente de la France qui a dépassé les camps pour exprimer l’urgence et la gravité de la situation du pays.

C’est pourquoi, Monsieur le Premier Ministre, au moment de faire le bilan de votre première année de gouvernement, je vous redis ce que je vous disais il y a un an, vous avez deux devoirs devant vous qui sont les deux besoins de notre pays, réformer et rassembler.

Réformer d’abord.

Bien entendu, cette motion de censure montre que le parti socialiste croit " se refaire une santé " et prospérer sur le refus de la réforme. Cette raison suffit expliquer que non seulement notre groupe, la majorité de l’Assemblée, mais le pays, la rejette.

Sur la réforme des retraites, comme l’ont rappelé tour tour Jacques Delors, Michel Rocard, Jacques Attali, on pouvait discuter tel ou tel aspect de la réforme - je l’ai fait moi-même- mais en arriver au refus, c’était se trouver en contradiction avec l’intérêt supérieur du pays.

Le dossier des retraites était si lourd de conséquences pour l’avenir qui obligeait l’action…

Je suis certain qu’il y a des millions de femmes et d’hommes, y compris de gauche, qui veulent que leur pays assume les yeux ouverts les changements nécessaires.

Ma conviction est que tous les courants politiques sont co-responsables de l’avenir et que l’opposition ne peut pas se réduire dire aveuglément " non " quand la majorité est obligée de dire aveuglément " oui ".

Et en particulier il y a des millions de femmes et d’hommes, de droite, du centre et aussi de gauche qui pensent que le Parti Socialiste ne peut pas s’exonérer de la responsabilité qui est la sienne, lui qui a détenu le pouvoir en France au moins 15 ans sur les 25 dernières années, en prenant des décisions, comme celle des 35 heures l’aveugle, qui ont si profondément déstabilisé le pays, on en ne profitant pas des années de croissance pour faire les réformes nécessaires.

Voil pourquoi nous avons soutenu la réforme des retraites. Elle n’est pas exactement celle que nous souhaitions. Nous l’aurions voulue universelle, c’est- -dire englobant aussi les régimes qu’on appelle " spéciaux ", et nous l’aurions aimée plus souple, ouvrant la voie une retraite la carte, par points, créant de vrais droits, prenant en compte la pénibilité, et permettant le rachat d’années sans décote, ou leur abondement par l’Etat, et gérées en pleine responsabilité par les partenaires sociaux.

Et nous pensions que la France était prête accepter cette grande réforme, y compris par referendum, puisque la justice en aurait été la clé de voûte.

Peut-être un jour, plus tôt qu’on ne le pense, serons-nous obligés de reprendre ce chantier dont le financement repose sur l’hypothèse audacieuse, et même l’hypothèse risquée de la disparition du chômage court terme.

Mais telle quelle, c’était une réforme qui s’efforce de faire face aux graves menaces si longtemps éludées. Et c’est pourquoi nous avons décidé de la soutenir, telle qu’elle a été menée, avec constance et brio, par le ministre des Affaires sociales.

Une raison encore nous a guidés, c’est qu’ l’occasion de cette réforme, des syndicats se sont engagés, courageusement, en donnant leur accord une démarche risquée pour eux mais nécessaire au bien public. Cela est précieux, car l’exercice de la co-responsabilité entre pouvoirs publics et partenaires sociaux est un des piliers de la démocratie dans laquelle nous voulons vivre.

Dans quelques heures, cette réforme sera votée. Je me réjouis que le Président de l’Assemblée nationale ait voulu qu’elle se déroule jusqu’ son terme, en respectant tous les droits de l’opposition. C’est ainsi qu’une démocratie avance, et c’est ainsi qu’une démocratie mûrit.

Le pluralisme, ce n’est pas le Paradis - Dieu sait ! - ce n’est pas non plus l’enfer, ni même le purgatoire… C’est simplement la clé de voûte de notre démocratie, c’est notre bien commun !

Les réformes que nous devrons faire, nous ne les réussirons que si tous les Français, au fond d’eux-mêmes, les reconnaissent comme nécessaires et les reconnaissent comme justes.

Et cela obligera des efforts, peut-être des changements de méthode ou de notre manière habituelle de penser, de la part de tous, de la part du gouvernement aussi.

Je voudrais prendre trois exemples dans l’actualité de ce changement de méthode nécessaire. Le budget d’abord, les intermittents du spectacle, et enfin l’Éducation nationale.

La France se trouve dans une situation budgétaire noire. Le rapporteur général du budget au Sénat, Monsieur Marini annonce un déficit de 4%.

3 %, 4 %, au fond, pour nos concitoyens cela paraît peu de choses. C’est une manière bienveillante de traiter de ce mal chronique. Mais ces 3 ou 4 % de la totalité de la production nationale représentent en réalité un déficit de près de 20 % de nos budgets publics. Cela veut dire que nous dépensons tous les mois, tous les ans, quelque 20 % de plus que ce qui est prélevé sur nos compatriotes.

Il n’est pas de famille, il n’est pas d’entreprise, qui puisse durablement, sur le long terme, envisager un tel déséquilibre. Et il est irresponsable de reporter sur nos enfants la charge des dépenses que nous faisons tant elles sont des dépenses de train de vie. Que l’on partage l’investissement avec les générations futures, bien sûr ! C’est normal et c’est bien. Mais que par exemple nous reportions, le cœur léger, les dépenses de santé de nos générations sur les cotisations futures, alors bien sûr, cela n’est pas responsable.

La situation de nos dépenses publiques exige d’abord une politique de vérité. L’année dernière, vous nous avez annoncé 2,5% de croissance. L’UDF vous a dit que ce n’était pas réaliste. Votre réponse a été qu’il s’agissait d’un choix volontariste pour entraîner la croissance. Le résultat est l et il doit conduire des remises en cause.

Nous vous redisons, Monsieur le Premier Ministre, présentez plusieurs hypothèses de croissance, n’hésitez pas regarder en face la situation qui peut être la nôtre. Un peuple choisit mieux son chemin s’il a les yeux ouverts.

Et choisissons nos priorités. Dans la situation catastrophique de nos finances publiques, on ne peut pas tailler dans des budgets essentiels et continuer parler de baisse d’impôts comme si nous étions en excédent ou proches de l’équilibre.

D’abord parce que ce n’est pas réaliste et que donc cette promesse ne se réalisera pas, et ensuite parce alors qu’on demande des sacrifices tout le monde, la justice doit prévaloir et ceux qui ont une situation plus aisée ne doivent pas apparaître comme étant favorisés.

Sans compter, pour entrer un instant dans la discussion purement économique, que dans un pays qui a un taux d’épargne aussi élevé que la France, il est douteux que les baisses d’impôts supplémentaires, en période d’incertitude, favorisent directement la consommation. C’est le sentiment de sécurité et le taux du crédit qui joueront ce rôle.

Sentiment de justice aussi, propos des intermittents du spectacle.

Il n’est pas douteux qu’il fallait une réforme. Mais tous ceux qui se sont intéressés la question savent que le déséquilibre de ce régime ne provient pas seulement, ni même principalement, de la précarité de la situation des comédiens, musiciens, des techniciens.

Cette précarité est pour ainsi dire naturelle, consubstantielle l’activité de création. On ne peut pas jouer tous les jours, surtout quand on est un débutant, surtout quand on innove.

Une grande partie du déséquilibre provient des abus dont de grandes entreprises ont fait leur pratique habituelle. De grandes entreprises de télévision ou de production, et même des entreprises publiques ont pris l’habitude depuis des décennies de payer comme intermittents des techniciens, des présentateurs, des réalisateurs qui sont en réalité employés temps plein ou sur le long terme. Simplement elles trouvent plus avantageux de faire payer par la collectivité les jours de repos ou les congés qui sont assumés dans le contrat de travail par tous les autres employeurs de France.

Il n’est pas juste de faire supporter par les plus précaires et les plus fragiles de ceux qui participent la culture du spectacle les abus tolérés depuis trop longtemps de la part de sociétés qui devraient donner l’exemple.

Le régime des intermittents, c’est probablement l’aide la plus efficace que l’on puisse apporter au monde de la culture. Ce régime doit être assaini, c’est vrai, mais il doit l’être en traitant également les abus de toute nature, les abus des plus gros étant plus choquants que les abus des plus faibles.

Réformer et rassembler, rassembler pour réformer, respecter les différences de sensibilité, cela est vital dans le domaine de l’éducation nationale.

Nous avons connu une crise inattendue sur l’Education nationale. Certains ont cru que cette crise était accidentelle, qu’elle venait seulement de la concomitance de calendriers inopportuns.

Je n’en crois rien. Je pense que la crise de l’Education est une crise profonde et qu’elle mérite qu’on s’y arrête un instant.

Il y a certes deux racines conjoncturelles cet épisode de crise de l’Education.

La première racine c’est le choix que le gouvernement a fait de ne pas inclure d’emblée l’Education et la Recherche au nombre de ses priorités. Je vois bien pourquoi. L’Education nationale c’est la moitié de la fonction publique et le premier budget de l’Etat et naturellement, chaque fois qu’on veut faire des économies, c’est l’Education nationale que l’on songe. D’ailleurs les mises en cause ne manquent pas, ni dans la bouche des hommes politiques d’un bord et de l’autre : " mammouth, armée rouge… " ni parmi nos concitoyens qui s’exaspèrent de ses échecs ou de ses grèves.

Mais je crois que chaque fois qu’un gouvernement omet de classer l’Education et la Recherche au nombre de ses priorités, il commet une erreur. Je crois que tout commence dans l’éducation et dans la recherche. Aussi bien la compétitivité de la nation que la sécurité de nos cités. Si les collèges ou même les cours de récréation des écoles primaires sont déstabilisés et si la violence y règne, qui peut croire que les cités seront sécurisées même si le Ministre de l’Intérieur recrutait des milliers de policiers supplémentaires.

Plus encore, c’est la France et la République qui commencent l’école. Il y a un pacte séculaire entre la République et son école. Nous sommes, c’est comme cela, le seul pays qui ait conçu le projet de former une nation de citoyens, une nation unique et homogène partir de la diversité de nos origines et de nos situations sociales. Cela, c’est l’école qui le fait. Imparfaitement, difficilement, mais elle le fait. S’il existe une image de ce que veut dire liberté conquise, liberté de l’esprit, égalité, égalité des chances, fraternité, c’est l’école que cette image se réalise.

C’est pourquoi la question de la décentralisation n’est pas, dans notre éducation nationale, une question anodine ! C’est le principe même de l’école républicaine qui se trouve interrogé, et même heurté par la crainte des inégalités qui ne manqueraient pas de naître, en termes de moyens, entre les plus riches et les plus pauvres !

Mais au-del de ces deux questions, il y a la question des valeurs.

Les valeurs que l’on demande l’école de transmettre, beaucoup d’enseignants, en particulier parmi les plus jeunes, ont l’impression que ce ne sont plus les valeurs de la société, du monde qui entoure l’école.

L’école, c’est la loi du plus juste, ou du plus vrai. L’école, c’est l’émancipation par le savoir.

Le monde comme il va, c’est la loi du plus fort, et le plus fort, c’est souvent aussi le plus riche.

Comment ne pas être saisi quand on lit, presque chaque jour, les dizaines de millions de Francs, les dizaines de millions d’Euros qui sanctionnent tel transfert, telle influence, ou même, s’agissant de dirigeants d’entreprise, tel échec retentissant suivi de départ !

Ce n’est pas une question pour les gauchistes, comme on dit en voyant fleurir les pancartes d’Attac ou de tel autre mouvement contestataire. C’est une question pour chacun d’entre nous !

Et donc, je ne suis pas pour que l’on méprise, ou que l’on stigmatise les questions posées par beaucoup d’enseignants autour de l’éducation nationale. En revanche, cela ne doit pas détourner de poser avec constance, avec courage, toutes les questions liées la manière dont l’école sert réellement l’égalité des chances, la lecture, la violence, la langue, la transmission du savoir, ce bagage qui n’alourdit pas mais qui allège et qui libère. Et si l’on quitte les a priori, alors on verra quelle capacité d’énergie positive recèle l’éducation nationale de la France.

Monsieur le Premier ministre, la question c’est la réforme et le projet.

Bien sûr, il ne s’agit pas de vous arrêter sur le chemin de la réforme. La France n’a pas besoin de moins de réformes, elle a besoin de plus de réformes. Mais la condition de la réforme, c’est que l’on dise la vérité et qu’on garantisse la justice. Si c’est la vérité qui s’exprime, la vérité brute de décoffrage, sans trop de précautions et sans trop de formules, si c’est la justice qui dirige nos choix, sans crainte et sans privilèges, et si le respect préside notre manière d’être, alors nous montrerons que la France, comme un grand pays, les yeux ouverts, peut se rassembler pour assumer les choix de son avenir.


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